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  • Louise Wagon

Un musée allemand annule une exposition de Candice Breitz

Tandis que la guerre entre Israël et le Hamas se poursuit, le milieu de l’art continue, lui aussi, de se déchirer. La Fondation du patrimoine culturel sarrois (SSK), qui gère le Saarlandmuseum en Allemagne, a annulé une exposition prévue de l’artiste sud-africaine Candice Breitz, en raison de ses prises de position propalestiniennes.

Candice Breitz we still need to talk
Candice Breitz le 10 novembre à une manifestation organisée par une coalition de juifs de gauche et/ou d'Israéliens qui travaillent dans le domaine de la culture. « Nous refusons de garder le silence car les voix pacifiques juives et palestiniennes sont stigmatisées + censurées », déclare-t-elle dans un post Instagram.

Candice Breitz – elle-même de confession juive – a appris l’annulation de son exposition par un article du journal allemand Saarbrücker Zeitung, publié vendredi 24 novembre. Intitulée « TLDR », l’exposition devait être présentée au printemps 2024 à la Modern Galerie du musée, mettant en avant une installation vidéo sur les travailleuses du sexe au Cap, en Afrique du Sud. Cette œuvre a déjà été exposée dans plusieurs lieux renommés, tels que la Biennale B3 de l’image en mouvement à Francfort ou le Baltimore Museum of Art.


Selon le journal allemand, la présidente de la Fondation, Andrea Jahn, explique que suite à l’attaque du 7 octobre menée par le Hamas contre Israël, « le comité directeur a décidé de ne pas donner une tribune aux artistes qui ne reconnaissent pas la terreur du Hamas comme une rupture de civilisation, ou ceux qui effacent, consciemment ou non, les frontières entre les actions légitimes et illégitimes ».



Dans un courriel adressé en réponse à cette décision, Candice Breitz a qualifié cette annulation de « profondément antisémite ». Elle dénonce un problème plus général présent en Allemagne, où les opinions juives sont souvent rejetées « sans respect des procédures régulières, sans dialogue ouvert ». Elle cite notamment le concept de « maccarthysme philosémite », développé par la philosophe Susan Neiman, pour caractériser cette situation.


Depuis le début du conflit, l’artiste a exprimé ses opinions à plusieurs reprises sur ses réseaux sociaux. Dans une publication Instagram du 30 octobre, elle affirme qu’il est possible d’éprouver « une profonde empathie pour les civils israéliens » victimes de brutalités et de meurtres, « tout en n’ayant aucun respect pour Netanyahou et ses sbires cyniques », ainsi que pour les « politiciens qui enfreignent le droit humanitaire, favorisent l’occupation illégale et ordonnent maintenant le bombardement inhumain et grotesque de Gaza ». Selon Candice Breitz, il est « possible de soutenir la lutte des Palestiniens pour leurs droits fondamentaux et leur dignité humaine – y compris la libération de décennies d’oppression – tout en condamnant l’horrible massacre du 7 octobre et l’emprise cruelle imposée par le Hamas sur les civils de Gaza. […] ». « Le Hamas n’est pas la Palestine  , conclut-elle.



Cette annulation s’inscrit dans une tendance plus large en Allemagne où divers événements et expositions impliquant des personnes défendant des positions propalestiniennes ont été annulés. Par exemple, une conférence sur le national-socialisme et l'antisémitisme, coorganisée par la même Candice Breitz, a été annulée par une agence fédérale, qui a affirmé qu’elle n’était « pas en mesure de mener et de modérer ce débat de manière constructive » après l’attaque du 7 octobre. Une biennale de photographie allemande a été récemment annulée après que l'un des commissaires a partagé sur les réseaux sociaux un contenu qualifié d'antisémite par les autorités de la ville. La Documenta, la plus grande exposition d'art contemporain en Allemagne, qui a lieu tous les cinq ans à Kassel, a également été secouée par une polémique suite à la démission collective de tous les membres du comité de sélection du futur directeur artistique. Cette démission a été motivée par les pressions médiatiques et gouvernementales qui ont conduit au retrait forcé d’un collègue, suite à une déclaration qu'il avait signée en 2019, considérée comme antisémite.


Cette situation est exacerbée par le climat actuel en Allemagne, où l'histoire de l'Holocauste occupe une place importante et où la peur de l'antisémitisme alimente souvent des réactions zélées et des allégations infondées.



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